Youcef Nabi président de Lancôme

youcef nabiA L’Oréal, il fait partie des hauts potentiels. Ces cadres de haut niveau appelés à jouer les premiers rôles chez le n° 1 mondial des cosmétiques, après avoir fait leurs armes dans différents postes stratégiques. Youcef Nabi aurait même le profil d’un très haut potentiel, si l’on observe la vitesse à laquelle il a enchaîné avec succès les « épreuves », depuis son entrée dans le groupe, en 1994.

Après avoir fait ses classes dans les soins pour homme de la division des produits grand public (Lascad), développé son expertise maquillage à Gemey Maybelline, il s’est vu confier la direction du marketing international de la marque L’Oréal Paris, puis la direction de L’Oréal Paris, en France et dans le monde. « En quelques années, il a doublé le chiffre d’affaires de ses marques en multipliant les nouveautés produits », se rappelle Patrick Rabain, le vice-président des produits grand public de l’époque. En juillet 2009, Jean-Paul Agon, le patron du groupe, pense naturellement à lui pour redresser Lancôme, la marque la plus iconique et haut de gamme du groupe, qui souffre depuis plusieurs années. Il le nomme, à 41 ans, président de Lancôme International. Une véritable consécration pour ce cadre qui a choisi d’afficher ouvertement sa différence.
Il refuse le rôle de porte-étendard

Un choix d’autant plus malin que sa personnalité fait l’unanimité, au sein de l’entreprise comme à l’extérieur. De plus, de par son parcours personnel atypique forçant l’admiration, il est le symbole d’une diversité qui fait cruellement défaut dans les grandes entreprises françaises. « Mon seul objectif est de faire de Lancôme la plus belle marque de cosmétiques du monde », tempère Youcef Nabi, qui refuse de jouer les porte-étendards pour quelque minorité que ce soit.

Il a cependant érigé le droit à la différence comme pierre angulaire de son management : « On ne peut être efficace dans une entreprise que lorsque l’on est soi-même. J’invite donc les gens à être en phase avec ce qu’ils sont réellement, et non à adopter des postures », détaille Youcef Nabi. Une philosophie qu’il s’est appliquée à lui-même en rendant visible la part la plus féminine de sa personnalité. Une décision qui n’a pas suscité de réaction de la part de son entourage professionnel. « Cela n’a jamais été un sujet entre nous » explique par exemple Claude Solanet, patron pendant trente ans de l’agence de publicité McCann, qui a réalisé plusieurs centaines de films pour le Groupe L’Oréal. « La plupart des clients des agences de pub sont peu sensibles à nos conseils. Youcef, lui, est très à l’écoute, toujours à la recherche de la meilleure idée. C’est une encyclopédie vivante de la beauté. Quand on le rencontre, on prend un concentré d’intelligence dans la figure, le reste paraît très accessoire », ajoute-t-il.
Sa carrière a commencé sur le terrain

Patrick Rabain, qui, par la suite, lui a fait franchir toutes les marches de la division grand public, est impressionné par la finesse de ses réactions lors de leur première rencontre, à l’occasion de la présentation d’un film pour Jump de Mennen. « Il aime toucher les produits, les essayer, il comprend mieux que quiconque les besoins des clients, hommes ou femmes, il est en empathie permanente avec ses marchés », complète Patrick Rabain. Un parcours qui pourrait sembler exemplaire pour ce fils d’une grande famille algérienne, arrivé en France en 1985, avec son bac scientifique en poche. Son père, Belkacem Nabi, qui a longtemps été une personnalité aussi influente que controversée en Algérie, fut ministre de l’Energie du président Bouteflika pendant plus de dix ans.

« On ne peut être efficace dans une entreprise qu’en étant soi-même. J’invite les gens à ne pas être dans la posture. »

Comme son père, Youcef est plutôt un scientifique, passionné notamment par les questions de génétique. Il choisit donc d’étudier la biologie à l’Ecole nationale d’agronomie de Grignon, puis le marketing à l’Essec. « Un profil idéal pour une boîte comme L’Oréal », lui indique lors de leur première rencontre, en 1995, Christophe Girard, devenu adjoint au maire de Paris. « Comme tout le monde, j’ai commencé sur le terrain, arpentant les hypers du Sud-Ouest pour construire des linéaires de 2,30 mètres et vendre les produits de coiffure Dessange », se rappelle Youcef Nabi. Avec une certaine détermination. Comme la fois où, vexé de s’être fait refouler pour être arrivé sans avoir prévenu, il a appelé depuis sa voiture et obtenu un rendez-vous dans l’heure. « Mon culot a amusé la directrice de l’hyper », raconte-t-il.

Sa bio
Fidèle à L’Oréal

13 février 1968 Naît à Alger.

1994 Entre dans le Groupe L’Oréal à la division des produits grand public (Lascad).

2006 Devient DG de L’Oréal Paris International.

2009 Devient président de Lancôme.

Par Jean-Jacques Manceau – publié le 24/02/2011 – l’Express