La France que nous voulons


A travers une démarche résolument francoptimiste, des jeunes, d’horizons différents et avec un regard neuf, s’attèlent à répondre aux défis de notre société


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«À force de sacrifier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel», Edgar Morin Le constat : un monde plongé dans une crise totale.

Des attentats du 11 septembre 2001 à la crise des dettes souveraines de 2011 en passant par les crises financière et économique de 2007 et 2008 ou encore les épisodes de famines sur fonds d’envolée des prix des denrées alimentaires, notre monde est soumis depuis le début du XXIe siècle à des secousses extrêmement violentes. Pour ne rien arranger, de nombreuses raisons objectives laissent penser que ces secousses ne sont que le prélude à d’autres, plus violentes encore. Dans le même temps, la misère et la violation des droits humains les plus fondamentaux continuent de s’abattre sur une majorité de la population mondiale tandis que la dégradation accélérée de l’environnement et les effets du changement climatique font peser une menace sérieuse sur la préservation même de notre planète.

Plus près de chez nous, c’est notre modèle républicain qui est confronté à une grave crise, sur tous les plans : économique, social et moral. Plongé dans un contexte économique mondial incertain et paralysé par le poids de la dette publique et le vieillissement de sa population, l’Etat français délaisse peu à peu ses missions régaliennes et renie sa nature d’Etat-Providence.

Les premières victimes de cette évolution sont les populations les plus fragiles qui voient s’amoindrir les aides sociales dont elles bénéficient tout en subissant la hausse du chômage, de la précarité et des violences. Plus généralement, le creusement des inégalités crée un profond sentiment d’injustice que viennent exacerber les divers scandales qui entachent nos élites politiques, économiques et intellectuelles. Donnant l’impression de se préoccuper exclusivement de leurs intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général, une partie de ces élites n’hésite pas de surcroît à gangréner le débat démocratique en y introduisant des problématiques secondaires, et parfois absolument futiles, dans le seul but de cliver la société pour mieux la contrôler.« Liberté, Egalité, Fraternité » : une devise et trois valeurs en péril.

Erodant l’égalité, pourtant au cœur de notre devise républicaine, de telles attitudes portent également un coup à la fraternité – autre valeur républicaine – en défaisant le lien social et en incitant au repli sur soi. Ainsi, selon le Conseil d’Analyse Stratégique , « la France se caractérise non seulement par un très faible niveau de confiance interpersonnelle, mais également par une défiance prononcée envers les institutions, qu’il s’agisse par exemple de la Justice, du Parlement ou encore des syndicats. (…) En 1999, selon la World Values Survey, à la question « En règle générale, pensez-vous qu’il est possible de faire confiance aux autres ou que l’on n’est jamais assez méfiant ? », seuls 21 % des Français déclaraient qu’il était possible de faire confiance aux autres. Dans les pays du nord de l’Europe, cette proportion dépassait les 60 %. La France est un des pays développés où la défiance vis-à-vis des autres est la plus forte. »

Préjudiciable pour le bien-être général et pour la croissance économique, ce climat de défiance généralisée constitue aussi une menace pour la liberté du citoyen. Désenchantés, nos concitoyens se désintéressent en effet de plus en plus de la vie politique, refusant d’y prendre une part active et rechignant même de plus en plus à participer aux scrutins électoraux. Pour assumer la gestion des affaires publiques, les citoyens se contentent alors de payer par leurs impôts une caste politique fonctionnant en vase clos. Dans son traité Du Contrat Social, Rousseau s’inquiétait justement de cette dangereuse dérive pour la vie de la cité : « Dans un pays vraiment libre, (…) loin de payer pour s’exempter de leurs devoirs, [les citoyens] paieraient pour les remplir eux-mêmes. (…) Dans une cité bien conduite, chacun vole aux assemblées; sous un mauvais gouvernement, nul n’aime à faire un pas pour s’y rendre, parce que nul ne prend intérêt à ce qui s’y fait, qu’on prévoit que la volonté générale n’y dominera pas, et qu’enfin les soins domestiques absorbent tout. (…) Sitôt que quelqu’un dit des affaires de l’État: « Que m’importe? », on doit compter que l’État est perdu. »
Gravée sur le fronton de nos bâtiments publics, la devise républicaine « Liberté, Egalité, Fraternité » s’efface peu à peu de nos esprits et de la réalité de notre société. A terme, c’est la rupture du contrat social qui risque de se produire et, avec elle, la multiplication de mouvements populaires revendicatifs. Plus ou moins radicaux, ceux-ci pourront prendre la forme d’émeutes urbaines, de manifestations non violentes ou encore de grèves générales.
Une autre voie est pourtant possible : celle d’une profonde et réelle réforme politique qui serait incarnée par des élus ambitieux quant à l’avenir de la France, respectueux de la morale républicaine et dévoués à leur mission de service de l’intérêt général. Cette voie permettrait de sauver notre modèle républicain en redonnant de l’espoir aux citoyens et en particulier aux plus jeunes qui vivent avec anxiété un présent qui ne leur promet pas l’avenir qu’ils seraient en droit d’escompter.

Jeunesse et politique : les motifs du divorce
L’abstention grandissante dans notre pays , notamment chez les jeunes, traduit des formes de désintérêt de la vie politique. Parfois, nous assistons à une marchandisation de la vie politique : pour certains, s’engager en politique signifie trouver de meilleures opportunités personnelles.
L’abstention ne signifie pas simplement un rejet de la citoyenneté, mais aussi un manque d’adhésion à l’offre politique. Ce constat inquiétant s’appuie sur le rejet des professionnels de la politique qui semblent éloignés des réalités sociales et économiques et dont les positions sont parfois décalées au regard des évolutions du monde comme en témoignent les révoltes qui ont éclaté dans les pays arabes, en début d’année 2011. La « société du spectacle » paraît de plus en plus ancrée dans le champ politique et les controverses sont malheureusement trop souvent privilégiées au détriment des débats de fond. Or, il est impératif de redonner du contenu à notre vie politique dont le calendrier ne devrait pas être celui de l’urgence.

Des raisons d’espérer
Malgré les tensions et la méfiance dont nous avons fait état, l’Europe demeure l’une des rares régions au monde où il est encore possible de circuler sans craindre pour sa liberté ou son intégrité physique. Garantissant un minimum de dignité à chaque citoyen, notre société a jusqu’ici réussi à se prémunir d’une scission entre ceux qui n’auraient plus rien à perdre et les autres, comme cela est malheureusement le cas ailleurs, notamment en Afrique et en Amérique du Sud.
Par ailleurs, si le désintérêt pour la politique est réel, les Français n’ont pas pour autant renoncé au désir de vivre ensemble comme en témoigne la grande vitalité de la vie associative qui concerne aujourd’hui près de huit français sur dix . Chaque année en France, ce sont 60000 nouvelles associations qui se créent et dans lesquelles les femmes prennent une place de plus en plus importante, y compris au niveau des fonctions dirigeantes. Aux antipodes de ce que l’on observe en politique, ces indicateurs montrent l’attachement des Français à la vie en société.
Ainsi, en dépit de la vigueur d’un individualisme consumériste et de certaines crispations identitaires, le lien social continue néanmoins d’exister et plus important encore, le désir de le renforcer continue de s’exprimer. Forts de cette assurance, nous pouvons de plus compter sur nos nombreuses richesses, à la fois naturelles (climat tempéré, potentiel de nos vastes espaces agricoles, paysages variés…), matérielles (patrimoine immobilier, infrastructures, capacités industrielles…) et immatérielles (arts, sciences, pensée…). Loin d’être dérisoires, ces richesses constituent une assise solide sur laquelle il nous reste à bâtir notre avenir.

Aux actes citoyens !
Les raisons d’espérer sont nombreuses mais notre société ne parviendra à évoluer et à retrouver confiance que lorsque chacun des citoyens qui la composent aura lui-même évolué et retrouvé confiance. Trop longtemps, nous avons attendu que les changements nécessaires soient opérés par le haut, aidés dans cette démarche par une classe politique dont une partie a infantilisé les citoyens en leur faisant des promesses électoralistes auxquelles plus personne ne croit.
Pour renverser la situation, il importe que les citoyens s’emparent du débat démocratique et agissent comme force de propositions et d’actions. A travers une contribution modeste, nous apportons ici quelques propositions pour le débat et surtout in fine pour l’action politique.
« La France que nous voulons » est un collectif dont les contributeurs appartiennent à une catégorie essentielle aujourd’hui dans la réalité hexagonale : la jeunesse. Les mouvements étudiants, les révoltes violentes de certaines banlieues ou encore des formes de violences autodestructrices comme les addictions, démontrent qu’il y a aujourd’hui des souffrances qui touchent plus particulièrement les jeunesses de France. Parmi les causes non exhaustives de ce mal-être, on citera l’aggravation de la ségrégation sociale, géographique et culturelle, l’approche de l’éducation, la place et le rôle de l’Ecole, notamment dans l’éventail des perspectives réellement offertes et dans sa capacité à renforcer le sentiment citoyen, la défiance de la sphère politique au profit de ressorts identitaires…
Nous souhaitons que la France prenne conscience de sa jeunesse à travers ses souffrances mais aussi à travers ses attentes et son potentiel.
« Indignez-vous » affirme Stéphane Hessel ! Il est clair que la société française répond à cette invitation à travers ses postures critiques et son refus de se plier au diktat de l’ultra-libéralisme qui s’érige comme un nouveau dogme.
S’indigner peut aussi conduire à avoir le sentiment de ne faire que cela, sans véritable construction et de possibilité de changer le réel, le quotidien. Pire, parfois l’indignation ajoute au sentiment que tout va mal !
Notre démarche s’inscrit à rebours de l’indignation des « déclinologues » qui alimentent une vision pessimiste de l’avenir et finissent par la transmettre à notre société. Et pour nécessaire qu’elle est, l’indignation doit être prolongée par des propositions et des actions. Sans cela, c’est une démarche incomplète qui laisse un arrière-goût d’amertume.

Jeunes indignés mais pas jeunistes
Cet ouvrage, écrit par des « jeunes », refuse le jeunisme en tant que posture et se propose au contraire de renforcer les liens intergénérationnels.
Au moment des débats autour de la réforme des retraites, il aurait ainsi été judicieux d’aborder les dimensions de tutorat et de transmission. Au lieu de se focaliser exclusivement sur l’âge de départ à la retraite, le débat aurait gagné à explorer les façons de bénéficier du savoir, de l’expérience et des messages que nos aînés ont à nous transmettre.
Par ailleurs, il semblerait que soit privilégiée en France une logique de patrimonialisation, avec un accaparement des ressources politique et économique sans réelle volonté de partage. Cette confiscation qui ne dit pas son nom conduit à des réactions de rejet, de désintéressement et produit parfois de l’anomie dans la société.
Les réflexions, ici, sont celles de jeunes citoyens dotés d’une expertise et confrontés à la réalité du terrain, établissant un constat lucide et proposant un certain nombre de mesures réalistes et concrètes. Ces mesures se trouvent enrichies par l’approche originale et personnelle de leurs auteurs et elles n’ont pas manqué de susciter des débats stimulants et parfois animés entre les contributeurs de cet ouvrage. Il s’agit, dans une démarche foncièrement francoptimiste, de contribuer à un resserrement des liens sociaux et d’inciter à la confiance qui est un processus cumulatif.
Le projet politique des candidats à l’élection présidentielle de 2012 ou à un mandat national quel qu’il soit devra s’appuyer sur des propositions tangibles pour que la jeunesse continue d’espérer et qu’elle renoue avec la citoyenneté. C’est dans cet esprit que nous avons souhaité, chacun dans son domaine d’expertise ou de prédilection, contribuer à la France de demain, où toutes les générations devront dialoguer entre elles. Notre pragmatisme, notre connaissance du terrain et notre maîtrise des thèmes abordés nous conduisent, à partir des différents constats établis, à énoncer un certain nombre de mesures opérationnelles.
Cet essai amorce une discussion qui est amenée à se poursuivre car dans une démocratie, rien n’est figé. Mais, au-delà de la discussion, il y a une véritable volonté de contribuer afin que l’ensemble des propositions ne soient pas considérées comme un énième rapport que l’on enterre pour vite l’oublier !

Dans les pages qui suivent, nous formulons des propositions et des pistes d’actions relatives à la politique, aux finances publiques, à l’éducation, au bien-être au travail, à l’agriculture et l’industrie, à l’éco-mobilité, à l’Europe et aux relations internationales, autant d’enjeux clés pour l’avenir de notre Nation. Evidemment, d’autres thèmes ont leur importance dans la société et nous devrons notamment débattre et proposer sur les questions qui touchent à la culture, à la justice, au vieillissement de la population, à la santé ou encore à l’écologie, champ ô combien transversal. L’intégration de toutes les dimensions de l’environnement dans chaque politique publique s’impose avec encore plus de vigueur aujourd’hui compte tenu des nombreux défis qui nous attendent et qui interpellent quant à notre capacité de résilience et à la robustesse de nos choix.
La rareté des ressources, l’impact de nos activités sur la biodiversité, la consommation effrénée du sol et du sous-sol de notre planète, les pollutions que nous subissons et l’augmentation de notre vulnérabilité face aux risques naturels et technologiques sont tels qu’une nouvelle gouvernance écologique s’impose.
Les propositions formulées ci-après ont vocation à y contribuer, directement ou indirectement.
Gabriel Arnoux est le pseudonyme d’un haut fonctionnaire spécialisé dans les relations internationales et les questions militaires. Contributeur dans divers groupes de réflexion, il enseigne les questions européennes et l’histoire des idées.

Cédric Brogard est directeur technique d’une entreprise qu’il a fondée avec deux associés après avoir obtenu son diplôme d’ingénieur. Passionné par le monde ferroviaire, il suit avec intérêt les développements de cette industrie.

Hélène Courades est juriste, diplômée de l’IHEDREA (Institut des Hautes Etudes de Droit Rural et d’Economie Agricole) et spécialiste de l’agriculture française et européenne.
Zacharie Esmili a obtenu son diplôme d’ingénieur en 2009 et travaille depuis deux ans dans l’industrie des transports. Familier du monde éducatif par son entourage, les questions liées au système éducatif sont au cœur de ses préoccupations.
Anas Jaballah est ingénieur dans le secteur de l’énergie après avoir passé un an dans l’industrie en Allemagne et au Royaume-Uni. Il a également animé un programme de tutorat destiné à des élèves de lycées de la banlieue parisienne.
Réda Lamzabi travaille actuellement dans le sud de la France dans le secteur de l’énergie. Intéressé par les problématiques de bien-être au travail, son engagement syndical lui permet de confronter ses réflexions à la réalité.
El Yamine Soum est diplômé de sociologie, de relations internationales et d’études latino-américaines. Co-auteur de l’ouvrage Discriminer pour mieux régner, il intervient régulièrement dans le débat public et enseigne la sociologie au Centre Parisien d’Etudes Critiques.
Leïla Touati a travaillé dix ans dans les télécommunications. Engagée dans la lutte contre les discriminations, elle a collaboré au magazine Respect et créé son blog France Métissée. Parallèlement, elle a réalisé son premier court-métrage « La part du gâteau », produit par France Télévisions.

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