Gaada Diwane Bechar en concert au Cabaret Sauvage samedi 23 juin

Gaada Diwane Béchar présente son nouvel album « MAH’LOW » au Cabaret Sauvage le 23 Juin 2012.

Le Cabaret Sauvage
Parc de la Villette

Accès piéton par le 59 bd Mac Donald
75019 Paris

Miracle de l’eau
L’eau douce est un miracle…
Aux alentours de Timimoun, le paysage des dunes sans cesse recommencées est parsemé de taches de verdure. Ce sont des Berdas, oasis nées de la main de l’homme et du miracle de l’eau.

L’eau court sous le sable du désert. Elle affleure presque parfois. Elle est près de sourdre. Il suffit de creuser quelques mètres et la voici. Un jeune palmier vient s’y abreuver. En quelques années, il atteint sa taille adulte et dispense une ombre bienfaisante autour de lui, une ombre fertile sur laquelle pousseront fleurs, poivrons, tomates, aubergines. Un ruisselet courtt d’un plant à l’autre, trait de lumière limpide exaltant le vert profond du tapis parsemé de taches rouges, ocres et violettes, brillant de leur éclat désordonné. Un petit âne immobile ajoute de temps à autre son braiement dans le paysage, sous le balancement indolent des feuilles du palmier tutélaire.

Kabylie en avril : Montagnes noyées de pluie, une pluie douce et fine, estompant les falaises et les crêtes abruptes, voilant le vert des maquis et le jaune des genêts, habillant les oliviers d’un manteau ruisselant. Dans ce paysage s’inscrit en ce printemps le chant des Ahellil de Timimoun. Les Gouraras du désert mêlent leur chant, ponctué d’une gestuelle à la grâce mystérieuse, au battement des gouttes sur les carreaux des vitres. Il suit le rythme obsédant des rythmes d’el Gaâda, le phrasé des invocations de Aïcha Lebgaâ, le goumbri de Tayeb en contrepoint, les crotales et le bendir de Maître Abdelati Laoufi en toile de fond…

Entre les Algériens et la pluie, c’est une histoire d’amour souvent contrariée. C’est que dame pluie n’est pas toujours au rendez-vous, en dépit des prières de ses millions de soupirants. Son absence peut durer plusieurs mois durant lesquels le ciel est l’objet unique de toutes les attentions. Les colporteurs sillonnent les rues au volant de leurs tracteurs lestés d’une énorme citerne en chantant : « El ma, Ha lma, ma Sidi Rabbi » (L’eau, voici l’eau, l’eau de Dieu mon Maître). Et puis, elle arrive, martelant la terre de ses lourdes gouttes, charriant les poussières de l’été. Elle est accueillie avec joie ; personne ne songe à lui faire reproche de sa longue disparition.

El Ma Hlou (l’eau douce), c’est le thème du nouvel album d’El Gaâda. Les images ci-dessus sont de celles que sa musique convoque, images nées d’une nostalgie infinie, d’autant plus douloureuse que son objet nous est mystérieux. Elle fait remonter à la surface un mode de vie oublié dans lequel l’Afrique noire rentrait en symbiose avec sa sœur blanche pour produire un élixir salvateur. Le Diwan élisait domicile tous les samedis dans nombre de villes d’Algérie. Les citadins s’y pressaient, tentant de se libérer d’un poids, d’une maladie de l’âme par la transe. Il faisait soif en ces soirs d’été. Une immense jarre dispensait l’eau douce et fraîche, parfois parfumée d’huile de cade. On s’y abreuvait avec délice. Longtemps après la mise en bouche, le goût âcre de l’huile de cade se prolongeait au point que le souvenir est incapable de le dissocier de celui de ces soirées.

C’est ce sortilège que veut faire revivre El Gaâda, avec son nouvel album. Voyage au fil de l’eau, il prolonge l’aventure du groupe qui a fait de la fusion des mondes une ardente obligation. Musiques métisses, synthèse des lointains, instruments modernes entretenant un étrange dialogue avec ceux venus du fond des âges, se conjuguent pour dire une fois de plus la beauté des rencontres, la paix des échanges. Suave comme l’eau fraîche coulant d’une outre parfumée pour étancher la soif du voyageur du désert…

Brahim Senouci