La nuit du Western samedi 11 aout à 23h à la cour d’honneur des Invalides

Dans le cadre du festival Paris Quartiers d’Eté, La nuit du Western samedi 11 aout à 23h à la cour d’honneur des Invalides.

 

 

La Poursuite infernale (My Darling Clementine), John Ford, 1946, 1h37. Avec Henry Fonda, Victor Mature, Linda Darnell

Il y a des routes qu’on n’aurait pas dû suivre… Les frères Earp ont un jour la mauvaise inspiration de promener leur bétail à quelques miles d’une ville dont le nom résonne comme un mauvais présage : Tombstone. Pas que tout y soit lugubre non plus, puisqu’on y trouve un saloon des plus joyeux, propriété de l’ombrageux Doc Holliday, et où règne une belle fille nommée Chihuahua… Mais il ne fait pas bon se placer du côté de la loi à Tombstone et s’opposer à la pègre locale. Tout ça va finir dans la poudre, quand quelques comptes seront réglés après d’une écurie nommée OK Corral.
Tourné au lendemain de la guerre, La Poursuite impitoyable est devenue une sorte de western étalon – la matrice de bien des films à venir, jusqu’à La
Horde sauvage de Sam Peckinpah en 1969. Si John Ford y prend quelques libertés avec un fait divers réel des années 1880, on notera qu’il a recueilli les détails de l’affrontement auprès de Wyatt Earp lui-même, puisque l’ancien marshal venait parfois saluer ses amis cowboys sur les plateaux d’Hollywood aux premiers temps du cinéma muet. “Ainsi, lorsque j’ai tourné La Poursuite, je l’ai reconstituée telle qu’elle avait eu lieu. Les adversaires ne se sont pas contentés de marcher dans la rue et de se tirer dessus, ce fut une véritable manoeuvre militaire.” Pour savoir ce qu’en aurait pensé Napoléon, jetez un oeil
à la petite statue au-dessus du grand écran !

L’Ange des maudits (Rancho Notorious), Fritz Lang, 1952, 1h30 Avec Marlene Dietrich, Arthur Kennedy, Mel Ferrer

Un gang de bandits à cheval sème la terreur dans une petite ville du Wyoming et c’est le début d’une histoire de haine, de meurtre et de vengeance, qui va se poursuivre sans relâche jusqu’à un ranch pour gangsters en cavale… Entretemps, on aura traversé quelques arpents de désert, croisé des politiciens corrompus, un jeu de roulette qui ne laisse rien au hasard, et une chevauchée assez sexy dans un saloon décadent…
Un western de Fritz Lang n’est jamais tout à fait un western, et L’Étoile des maudits est avant tout un thriller, la quête de justice d’un simple cowboy confronté aux puissances du mal… qui se révèlent parfois bien séduisantes. C’est aussi le portrait mélancolique de héros qui sentent venir leur déclin – que peuvent en effet devenir le fringuant pistolero et la belle entraîneuse en s’approchant de leur crépuscule ?
Marlene Dietrich et Fritz Lang se détestèrent cordialement, et moins cordialement même, au cours du tournage, mais cela n’empêche pas la star d’y
trouver l’un des plus beau rôles de la fin de sa carrière, en jeans et le fouet à la ceinture.

Rio Bravo, Howard Hawks, 1959, 2h20 (mais on ne s’ennuie pas) Avec John Wayne, Dean Martin, Angie Dickinson

Les pires objectifs ont parfois les plus beaux résultats : avec Rio Bravo, John Wayne et Howard Hawks entendaient répliquer au Train sifflera trois fois sorti quelques années plus tôt. Le film de Fred Zinnemann – chef d’oeuvre s’il en est et allégorie à peine voilée sur la lâcheté et le courage en plein Maccarthysme
– avait en effet été jugé “antiaméricain” par John Wayne… Mais Rio Bravo est-il vraiment plus patriotique ? Pas sûr. A l’aube des années 1960, cette histoire de cowboys et de bandits menée jusqu’à l’assaut final apparaît comme le dernier des vrais westerns : pas encore parodique, pas
encore nostalgique. Un shérif nommé Chance, impassible et droit dans ses bottes, et son ancien adjoint, Dude, qui a sombré dans l’alcool après un chagrin d’amour, y fileraient la parfaite amitié si quelques trouble-fête ne se trouvaient pas en ville : les gang des frères Burdette, et une belle aventurière en collants noirs nommée Feathers (“plumes”) qui va apporter une pagaille bienvenue dans cette belle affaire virile… L’occasion aussi de redécouvrir
l’éphémère star des teenagers de l’époque, Ricky Nelson, dans le rôle du jeune Colorado (arborant une pompadour pas vraiment typique de ce bon vieux Far West) et d’entendre chanter Dean Martin, le Stetson négligemment posé le nez…

Emmenés totalement à l’Ouest par Royal de Luxe, continuons sur notre lancée… Pour clore sous les étoiles (de shérif) l’édition 2012, venez passer une nuit de pleine de coups de feu et de diligences, de cactus et de saloons, entourés d’hommes de parole, de caïds de la gâchette ou du poker, de filles perdues et de femmes à poigne…

Au programme trois états du western, trois grands réalisateurs et une nuée de stars – Henry Fonda, Marlene Dietrich, John Wayne, Dean Martin… La Poursuite Infernale, L’Ange des maudits ou Rio Bravo : chacun de ces classiques du cinéma porte une vision différente de l’Ouest américain. Mais qu’on soit dans le désert de Monument Valley avec John Ford, dans un film noir en technicolor de Fritz Lang, ou entre hommes chez Howard Hawks, la morale de l’histoire reste la même : quand tout est perdu, seul reste l’honneur. Y avait-il pour se le rappeler un meilleur endroit que la Cour des Invalides ?