L’Etoile jaune et le croissant par Mohammed Aïssaoui


L’Etoile jaune et le croissant par Mohammed Aïssaoui

Dans son dernier livre, Mohammed Aïssaoui s’intéresse à Si Kaddour Benghabrit, fondateur de la Grande Mosquée de Paris, qui a protégé des juifs sépharades sous l’Occupation.

Ecrire sur la solidarité qui unit juifs et musulmans est une entreprise périlleuse. Non qu’une quelconque pression communautaire pèse sur celui qui s’y risque, mais le sujet menace à tout moment de déraper dans le bon sentiment. Cela n’a pas effrayé Mohammed Aïssaoui, critique littéraire au «Figaro» et auteur en 2010 d’un excellent récit sur Furcy, l’esclave réunionnais qui avait assigné son maître en justice.

Il s’est intéressé au cas de Si Kaddour Benghabrit, fondateur de la Grande Mosquée de Paris, le «plus parisien des musulmans», qui a protégé des juifs sépharades sous l’Occupation. On se souvient qu’Ismaël Ferroukhi lui a consacré un film l’an dernier, «les Hommes libres», qu’on peut aujourd’hui trouver en DVD. (Benghabrit y était campé par Michael Lonsdale, qui lui ressemble de manière troublante.)

Pour éviter le piège du sentimentalisme méditerranéen, Aïssaoui a choisi d’écrire en journaliste. Les témoins directs ayant disparu, il cherche des noms, des lieux, des archives. Son récit est d’abord un voyage mélancolique, entre la France, le Maghreb et Israël, sur les traces d’un passé enfoui, qui rappelle parfois les errances mémorielles d’un Modiano (d’ailleurs remercié en fin d’ouvrage).

Tout part d’un constat: parmi les 23.000 Justes reconnus par la Fondation Yad Vashem, on ne trouve aucun Arabe. Sans nier la paranoïa antisémite du monde musulman ou la collusion entre certaines autorités islamiques et l’Allemagne hitlérienne, sans chercher non plus à amplifier un phénomène qui demeure marginal, Aïssaoui travaille à réparer cette injustice.

Il reconstitue l’histoire de Salim Halali, musicien juif qui a vécu à l’abri des rafles dans la Mosquée, ou d’Oro Boganim, que Benghabrit a aidée à fuir vers le Maroc. Bien d’autres cas sont à mentionner. L’inscription d’un Arabe parmi les Justes ne rendra pas le monde meilleur, simplement un peu plus complexe. C’est bien, la complexité: ça fait taire les cons.

L’Etoile jaune et le croissant, par Mohammed Aïssaoui,
Gallimard, 172 p., 17,50 euros.
Source le Nouvel Observateur