Tenir le Temps , une création de Rachid Ouramdane du 15 au 17 février au Théâtre de la Ville

Tenir le Temps , une création de Rachid Ouramdane du 15 au 17 février au Théâtre de la Ville

rachid ouramdane

CHAOS SOUS CONTRÔLE
Les corps en mouvement des 16 danse​urs sont pris dans une spirale d’urgence et viennent témoigner d’un état de crise.

Seize danseurs sillonnent le plateau. Leurs déplacements les emportent, brouillés dans des effets induits de dominos, d’avalanches, de réactions en chaîne. Or, ces danseurs virtuoses appliquent les structures rigoureusement pensées d’une chorégraphie méthodique de Rachid Ouramdane, complice du compositeur et plasticien des sons Jean-Baptiste Julien. Leurs grilles d’actions défient le temps, elles échappent à la saisie du regard courant. Ce chaos sous contrôle repousse l’horizon de travail du chorégraphe. Ses précédentes pièces ont souvent fait confiance à des gens issus des foules du quotidien mais aussi porté attention à des sujets individuels pris dans les grands mouvements de l’histoire. Tenir le temps défie l’urgence sociale pour déboucher dans l’abstraction magnifique.

Gérard Mayen

Une pièce pour 16 danseurs

« J’envisage ce nouveau projet en écho à Tout autour, ma dernière pièce réalisée pour le Ballet de l’Opéra de Lyon. J’aimerais pouvoir prolonger ce travail chorégraphique sur une accumulation de mouvements qui, au bord de la saturation et du lisible, montre la formidable capacité d’adaptation du corps dans des états de précipitation et de dépassement de soi.
J’imagine un plateau vierge, complètement épuré. Peut-être un plateau dont on ne distinguerait plus trop les bords.
Dessus, idéalement, une certaine idée du chaos.
Je pense à seize interprètes soumis à une mécanique qui les dépasse. J’imagine des actions rythmées, très musicales, composées selon des effets de mouvements -dominos, d’avalanches, des effets boule-de-neige, des réactions en chaîne… Une envie générée, peut-être, par le souvenir d’un film réalisé par le tandem Peter Fishly et David Weiss, Le cours des choses (1988) dans lequel une explosion vient faire rouler un pneu, qui percute une planche qui, à son tour, vient renverser une bouteille d’acide…
C’est à ce genre de principe que j’aimerai confronter des corps en scène, de façon à ce que l’on ne puisse plus distinguer sur le plateau qui est la cause de quoi. Qu’on ait l’impression que, quelque soit la réponse proposée par les danseurs face à ces événements, ils ne feront qu’aggraver leur propre sort. Comment enrayer la mécanique? Comment rompre l’engrenage?
Articulées autour d’événements historiques et politiques précis, mes précédentes pièces se sont souvent basées sur un travail de recueil de témoignages auprès d’individus qui, d’une manière ou d’une autre, se sont un jour sentis violentés par l’Histoire. Cette fois, seuls les corps en mouvement, pris dans une spirale d’urgence, viendront témoigner d’un certain état de crise. »
Rachid Ouramdane, mai 2014